Animal emblématique du musée de Cluny, la licorne y trouve un nouvel écho dans une vaste exposition dossier qui lui est consacrée, à découvrir jusqu’au 12 juillet. 

Affiche de l'exposition licornes ! Au dessus des écritures en rouge sur fond blanc il u a un détail d'une tapisserie où une licorne rouge tâchetée s'approche d'un humain type "homme sauvage"

Égérie de la pop culture, omniprésente dans l’imaginaire des enfants (surtout les petites filles) abreuvés d’étoiles et d’arc-en-ciel, la licorne recèle pourtant de nombreuses facettes qui remontent à l’origine des sociétés humaines jusqu’à nos interprétations modernes. 

Sceau avec un animal unicorne, Stéatite, 2000 av. J.-C., Berlin, Staatliche Museum zu Berlin, Museum für Asiatische Kunst, 1036

C’est au travers de neufs sections et d’une centaine d'œuvres allant d’un sceau gravé de la vallée de l’Indus datant des environs de 2000 avant notre ère jusqu'aux œuvres les plus contemporaines que nous la découvrons. 

tableau avec en son centre une jeune fille assise dans un paysage. Elle porte une robe rose et un manteau bleu. Une petite licorne blanche est couchée à ses côtés avec sa tête posée sur ses genoux.
Jeune Fille et licorne, vers 1500 © Rijksmuseum, Amsterdam

Ambivalence de la licorne

La vertueuse licorne 

D’une blancheur immaculée (sauf celles des pays germaniques) et compagne des vertueuses jeunes filles (mais pas des garçons vertueux), la licorne est souvent associée à des valeurs de pureté. Si bien qu’il n’est pas rare de la retrouver dans l’héraldique depuis le Moyen-Âge.
 

Hans Gitschmann dit von Ropstein (vers 1480-1564), Vierge en gloire et Chasse mystique, Vitrail, versd 1510-1512, Worms, Museum Heylshof, Sw180

Certaines traditions chrétiennes l’associent même au Christ ressuscité, raison pour laquelle elle est souvent présente dans l’imagerie religieuse, mais également pour laquelle des trésors de cathédrales possèdent des “cornes de licornes”.
 

Deux pots à pharmacie ancien en grès blanc avec les inscriptions "Unicornu verum" et "unicornu fossil".
Bocaux de licorne véritable (Unicornu verum) et de licorne fossile (Unicornu Fossil), vers 1740 © Deutsche Apotheken Museum-Stiftung

Dès le moyen âge, la corne de licorne est réputée pouvoir purifier l’eau et les aliments. Aussi, nombre de rois et de personnages de premiers plans souhaitent disposer de cornes de licorne ou au moins de fragments qu’ils conservent alors dans leurs effets personnels.
 

Frangment de céramique ou un éléphant court vers la gauche, il est poursuivit par une licorne. Les deux animaux sont blanc et bleus. Il se détachent en relief sur une végétation blanche sur fond marron.
Licorne poursuivant un éléphant (fragment de bordure), Iran, XIIIe siècle, © Staatliche Museen zu Berlin, Museum für Islamische Kunst / Christian Krug
La dangereuse licorne

Pourtant, la licorne est aussi vue comme un animal sauvage, voire agressif. Peuplant les forêts, elles-mêmes liées au sauvage, au païen et à une forme d’inconnu dangereux, la licorne doit être approchée avec précaution par une jeune fille avant d’être capturée, voire tuée. Le thème de la chasse à la licorne, animal parmi les plus nobles, est récurrent dans l’art de la Renaissance. A ce titre, la licorne est-elle agressive ou bien se défend-t-elle simplement ? On peut aussi trouver la licorne agressive face aux forces du mal. Il n’était pas rare que le chanfrein des chevaux soit orné d’une corne de métal pour les batailles.
 

La figure de la jeune femme et de la licorne s'aparente à un modèle de la Renaissance italienne. Ils sont en bas relief et se détachent sur un fond émaillé coloré en bleu, vert et rouge représentant une forêt.
Armand Point (1861-1932), Princesse à la licorne, Email sur cuivre, vers 1897-1999, Paris, collection particulière.

L’attrait de la licorne pour les jeunes filles vierges et sa corne fièrement dressée comme un attribut viril font glisser la licorne du côté de la sensualité. Elle peut alors être amoureuse ou représenter l’amant trahi par sa belle, à l’image de la licorne appâtée par la jouvencelle avant d’être attaquée par les chasseurs.

Ecusson militaire en forme de bouclier. Une licorne verte occupe la partie droite et se tourne vers ce qui semble être un brasier en jaune.
Insigne militaire : licorne, Anastasiya Levytska, 2020 © Jens Ziehe, Berlin
Symbolique actuelle de la licorne

Aujourd’hui, la licorne a conservé une part de son image positive avec son aspect immaculé. C’est aussi un symbole de résistance, en particulier des femmes et des minorités. Les précédentes symboliques se sont mêlées faisant de l’animal mythique un défenseur des valeurs égalitaristes. Sa vocation religieuse s’est peu à peu effacée. Aujourd’hui, sa portée mystique et les valeurs qui lui sont associées inspirent toujours les artistes.

Michael Bernhard Valentini (1657-1729), Museum Museorum : De la vraie licorne et de la licorne enterrée, Gravure sur cuivre, typographie, Francfort 1704, Paris, Bibliothèque interuniversitaire Santé-Pharmacie, 330 (1).

La licorne et la science

A partir du XVIIe siècle, et avec l'essor des échanges commerciaux maritimes et des expéditions scientifiques, les savants ont bien dû se rendre à l'évidence que les licornes n’existaient pas et qu’il s’agissait de cornes de narval mâle. De plus en plus de ces cornes arrivent en Europe, ce qui permet à un plus grand nombre d’en acquérir. Pourtant, la corne “de licorne” conserve son aura purificatrice dans l’imaginaire collectif, d'autant que l’eau est restée jusqu’au XXe siècle, un risque potentiel pour la santé.

Contrairement à ce que dit Marco Polo et d’autres explorateurs anciens, les licornes restent invisibles aux yeux des naturalistes qui explorent les contrées lointaines et qui finissent par en conclure que les licornes n’existent pas. A ce titre, je vous recommande un épisode de la série animée Heaven’s design team sur la création de la licorne. C’est drôle et plutôt bien expliqué.

La licorne ornementale

Une chose est certaine, la licorne a un design très élégant. Aussi, il n’est pas étonnant de la retrouver régulièrement comme élément décoratif sur du mobilier, des objets d’art décoratif. Mais la représentation d’une licorne, que ce soit hier ou aujourd'hui n’est jamais vraiment innocente, tout du moins dans l’art contemporain.
 

L’exposition se déploie dans deux salles distinctes : la première partie est sise dans le frigidarium et présente la partie historique et patrimoniale de la licorne. La salle d’actualité au premier étage est, pour sa part, consacrée aux représentations contemporaines. Bien entendu, il est très vivement conseillé de saluer la tenture de la Dame à la licorne exposée au même étage. Concernant la scénographie, elle est plutôt claire, lisible et sobre. Certains cartels sont moins faciles à lire selon leur emplacement, surtout vers le bas.
 

Atelier des queues de lion en forme de flamme, Nuremberg, Aquamanile en forme de licorne, Bronze, XIVe siècle, Paris musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, Cl.2136

Conçue en partenariat avec le Museum Barberini de Potsdam, cette exposition destinée à un public relativement jeune saura également convaincre les habitués par la qualité des pièces exposées. Je me demande ce que nous réserve la suite du cycle au long court sur le thème de la licorne après la confrontation directe avec l’art contemporain et la licorne dans la bande dessinée.

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