Exploitant le riche fond des archives de la planète dont il a la garde, le musée départemental Albert Kahn propose une exposition sur le royaume du Dahomey des années 1930 à découvrir jusqu’au 14 juin 2026.

Portrait du père Aupiais. Il est assis de face, les mains croisées sur les cuisses. Il regarde droit devant lui vers le spectateur. Il a les cheveux courts, des lunettes rondes et une barbe assez longue.
Portrait du révérend père Aupiais, Boulogne-sur-Seine, 9 août 1927 (A. Léon, autochrome A51431) © Musée Albert-Kahn/CD92

Une mission ethnographique d'importance

Parmi les nombreuses destinations présentes dans les Archives de la Planète, la longue mission au Dahomey conduite par Frédéric Gadmer est une demande du père Francis Aupiais. Ce dernier, nommé au Dahomey en 1903, s’est pris de passion pour la culture et l’art de son pays d’accueil. De janvier à mai 1930, les deux hommes parcourent près de 1600 km en train et en voiture, principalement dans le sud du pays et dans la capitale de l’ancien royaume : Abomey. Pendant ce voyage, Gadmer réalise pas moins de 1102 autochromes  sur 312 sujets différents et 140 bobines de film soit 8h30 de vidéo, ce qui en fait l’ensemble le plus important des Archives de la Planète. Il faut savoir que réaliser ce type de mission à l’époque nécessitait un savoir faire technique et une bonne préparation matérielle. Ces documents de premier plan permettent d’aborder de nombreux pans de la culture de l’ancien royaume.

Afin de satisfaire sa hiérarchie, le père Aupiais a également demandé à Frédéric Gadmer le montage d’un film consacré à la présence des missions catholiques dans le pays et l’avancée de l'évangélisation parmi la population. Les deux films, ethnographique et celui à destination des missions, sont projetés en parallèle dans une salle de l’exposition.
 

Photographie en noir et blanc. Au premier plan un homme debout de profil ttourne la tête vers le spectateur. Il est en costume de cérémonie. A l'arrière plan les autres pratiquants sont allignés devant un bâtiment traditionnel.
Vodúnon exécutant la danse d’Héviosso, Oumbégamé (près d’Abomey), Dahomey (Bénin), 1930 (F. Gadmer, photogramme extrait de la bobine « Fétichisme 1, 110153) © Musée Albert-Kahn/CD92

Un ancien puissant royaume aux rites bien ancrés

Fondé au XVIIe siècle, le royaume du Dahomey, actuel Bénin, était un royaume puissant en contact avec les populations de la région, mais également avec les européens. Les moulages et les photographies du palais royal montrent une culture raffinée. Structurée autour de la figure du roi, la société était régie par de nombreux rites et cérémonies dont la persistance dans la population après la conquête de 1894 a fasciné le père Aupiais.

Un portrait en pied et en couleurs d'un homme dans la trentaine. Il porte un vêtement jaune vif à mautif rouge, un bonnet brodé et a une sorte de bâton de commendement nonchalament attaché à l'épaule. Bien qu'il soit de face, il regarde légèrement vers la droite.
Portait du chef de canton Zodéougan, Zado, Dahomey (Bénin), 1930(Frédéric Gadmer, Autochrome A63550) © Musée départemental Albert-Kahn

Bien que fervent catholique et chargé de l'évangélisation des populations, le père Aupiais a largement documenté des cultes antérieurs autour des ancêtres ou encore les confréries Vodun. Le Vodun est une religion de type animiste et plus largement un système de pensée qui fait de chaque élément naturel un intercesseur avec un être spirituel supérieur.

Le catholicisme s’est développé en parallèle du Vodun sans parvenir à le remplacer puisque les deux religions sont toujours présentes parmi les populations du Bénin actuel.

Oeuvre contemporaine qui s'inspire d'une photographie ancienne. Le prince est au centre en habit blanc. Il fume une longue pipe. Il est entouré des deux côté par ses neuf épouses. Tous sont debout de face et regardent le spectateur.
Roméo Mivekannin _Le Prince Robert Danha Béhanzin et ses épouses à Djimé (série « Béhanzin »), 2021_Peinture, bain d'élixirs, pigments et liants sur toile_ Courtesy Galerie Cécile Fakhoury, Paris © J.Faure-Conosrton/ Musée départemental Albert-Kahn

L’héritage

L’exposition fait une belle place à la création contemporaine. Les œuvres d’artistes, en majorité béninois contemporains, dialoguent avec les collections présentées. Roméo Mivekannin (vue au Louvre Lens il y a peu), Ishola Akpo, Sènami Dounoumassou, Angelo Moustapha, Thulani Chauke, Bronwyn Lace apportent leur point de vue et leur expérience sur les vestiges de la mission Aupiais-Gadmer en questionnant la mémoire, mais aussi la représentation du soi. Plusieurs œuvres ont été spécialement conçues pour l’exposition.

Oeuvre contemporaine inspirée d'une ancienne gravure de journal illustré. Au premier plan un roi est assi devant quatre jeunes femmes au physique robuste qui jouent du tambour pour l'une, évante le roi pour la seconde, porte un parasol pour la troisième ou trient un fusil pour la dernière. Cependant, le buste du roi est remplacé par une photographie couleur d'une fière jeune femme. On voit les fils rouge de la couture se détacher du fond.
Ishola Akpo. Trace d’une reine I, 2020

L’exposition est découpée en plusieurs thématiques : Le Dahomey du père Aupiais, La mission Aupiais-Gadmer de 1930, un portrait du Dahomey, La fabrique des films, Partage et héritage autour de près de 300 œuvres.
 

photographie en couleur d'un paysage dont le fond est occupé par une vaste église en pierre blanche de styne néogothique qui contraste fortement avec l'habitat en terre du premier plan.
L’église au soleil couchant, Ouidah, Dahomey (Bénin), 1930(Frédéric Gadmer, autochrome A64107) © Musée départemental Albert-Kahn

 

L’exposition Bénin aller-retour : regards sur le Dahomey de 1930 permet de comprendre à la fois la société traditionnelle du Dahomey mais aussi les bouleversements qu’a apporté la colonisation à la population. Cette incroyable somme documentaire permet de contempler les évolutions de certaines pratiques culturelles entre 1930 et aujourd’hui. Elle montre également le réel attachement du père Aupiais pour le Dahomey. Même après son retour en France, il a poursuivi son travail de mise en valeur de la culture de cette région de l'Afrique et la découverte de son art traditionnel qui a ensuite influencé directement les artistes contemporains dans leur recherche de nouvelles représentations du corps.

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