Installée dans le cadre majestueux des anciennes écuries du château de Sceaux, l’exposition Trésors et coulisses du Château : histoire d’une collection invite, jusqu’au 22 mars 2026, les visiteurs à un voyage au cœur des missions d’un musée, des arts et traditions populaires et d’un patrimoine profondément ancré dans le territoire des Hauts-de-Seine à travers un parcours à la fois pédagogique, surprenant et varié. Cette exposition révèle les richesses souvent méconnues des collections publiques et leur rôle dans la transmission de notre histoire collective.


Construire une collection : un corpus représentatif du territoire et des Hauts-de-Seine

L’exposition s’ouvre sur un voyage à travers les œuvres et objets liés à l’histoire des Hauts-de-Seine. Peintures, dessins, photographies, plans anciens, mobilier et documents d’archives illustrent l’évolution du territoire, ses paysages, ses architectures et ses figures marquantes. Comme pour l’exposition Roues libres, l'ancrage régional des manufactures est mis en avant, en particulier cette fois-ci, dans la création de porcelaines.

Portrait de M. Taitbout en costume oriental, École française, milieu de XVIIIe siècle © CSMD

On y découvre des portraits de personnalités locales, des paysages peints de la région ou encore des œuvres d’artistes ayant vécu ou travaillé dans les Hauts-de-Seine. Ces pièces, souvent méconnues du grand public, offrent un regard neuf sur l’histoire et la culture du département.

Décor de fleurs et de moissonneurs sur faïence fine jaune, manufacture de Montereau © CSMD

L’exposition montre comment le patrimoine local s’inscrit dans une continuité entre mémoire et modernité, en particulier par l’évocation de l’évolution des goûts et des mœurs. Des créations contemporaines inspirées par le territoire dialoguent avec des œuvres anciennes, soulignant la vitalité artistique des Hauts-de-Seine. Cette partie met en lumière les liens entre patrimoine et identité locale. Elle montre comment une collection peut refléter les évolutions d’un territoire, ses tensions, ses fiertés, ses métamorphoses. Elle invite aussi à penser le musée comme un acteur du territoire en dialogue constant avec ses habitants et son histoire. A ce titre, les œuvres présentées illustrent comment se constitue une collection muséale en fonction du projet scientifique qui est initié par l’établissement et sa tutelle, achats, dons et dépôts d’autres musées et institutions patrimoniales.

Pour prolonger la visite, il est conseillé de poursuivre par la (re)découverte du château en lui-même, devenu musée en 1937 et qui abrite une fameuse collection d’art et de mobilier allant du XVIIIe siècle au XXe siècle.

Les Quatre Saisons, Louis Carrogis, dit Carmontelle, 1798 [vue de détail] © CD92 – Château de Sceaux, musée départemental / Photographie : Ronan Guinée, Benoît Chain
Les Quatre Saisons de Louis Carrogis dit Carmontelle, dessin de 42m de long, 1798 - panneau illustrant l'été © CSMD


Une exposition surprenante : entre trésors et découverte des arts et traditions populaires

La deuxième partie de l’exposition met en lumière un corpus d’objets et d’œuvres plus hétéroclites, dont certains issus des arts et traditions populaires souvent relégués au second plan dans les musées. Ici, c’est toute la richesse du patrimoine immatériel et artisanal qui est célébrée : enseigne de relai, photographie, porte de prison et même des éléments d’une rame de métro ancêtre du RER B.

Fontaine à coco, fabricant anonyme, XIXe siècle © CD92 – Château de Sceaux, musée départemental

Parmi les trésors insolites exposés, on trouve un ensemble de peintures réalisées dans les années 1960-1970 par des artistes locaux professionnels ou amateurs à la faveur d’un concours artistique annuel organisé par le département (le concours est aujourd’hui arrêté). Une grande fontaine à coco du XIXe siècle, dont les traces d’usure des velours indique un usage soutenu, illustre une pratique de colportage aujourd’hui disparue (et qui ne répondrait pas aux normes d'hygiène actuelles).

De surprenantes maquettes de grandes dimensions happent également l'œil curieux du visiteur, dont celle d’une pile du viaduc de Marly qui a été cédée par l’École nationale des Ponts et Chaussées. Ces œuvres, parfois modestes en apparence, racontent des histoires universelles : le travail, la fête, la famille, la transmission des savoir-faire au sein de communautés locales. Des pratiques pas si anciennes qui peuvent pourtant nous sembler aujourd’hui incongrues ou désuètes, en particulier en ce qui concerne les fêtes foraines avec leurs démonstrations de lutte ou de force comme sur le tableau de Jean Veber : La Foire de Saint-Cloud, datée de 1909.

Cette approche ethnographique donne à voir une culture matérielle riche et souvent méconnue. Elle interroge aussi notre regard sur la notion de “trésor” : une boîte à oubliés (fines gaufres roulées), une porte de prison ou une enseigne de relai de poste du XVIIIe siècle peuvent-elles être aussi précieuses qu’un tableau ? L’exposition répond par l’affirmative en redonnant toute leur dignité à ces objets porteurs de mémoire.

En mettant en avant ces traditions, l’exposition rend aussi hommage aux artisans et aux communautés qui les ont perpétuées, soulignant leur rôle dans la construction de notre identité collective.

Cette partie de l’exposition met également en avant le centre de documentation qui propose d’étudier des plans, registres et photographies anciennes.


Une exposition pédagogique : comprendre le rôle et les missions d’un musée

L’exposition se conclut par une plongée dans les coulisses du musée, offrant aux visiteurs une immersion dans les métiers et les enjeux de la conservation, de la restauration et de la valorisation des œuvres. À travers des œuvres en cours de restauration et différents types de conditionnements, le public découvre comment une collection se préserve au fil des décennies grâce au savoir-faire et aux mains expertes des nombreux corps de métiers des acteurs du patrimoine.

Derrière les vitrines et les cartels, un musée est avant tout un lieu vivant, animé par des missions essentielles : conserver, étudier, enrichir et transmettre. Cette ultime section de l’exposition lève le voile sur les coulisses du métier : comment les œuvres sont-elles choisies, restaurées, inventoriées ? Quels critères président à leur exposition ou à leur mise en réserve ?

On découvre par exemple les protocoles de conservation préventive (conditionnement), les enjeux de la numérisation avec une borne qui permet de naviguer dans les collections virtuelles, ou encore les logiques de prêt entre institutions qui montrent que des pièces prestigieuses sont conservées à Sceaux. Une manière de valoriser les savoir-faire et de sensibiliser le public à la fragilité du patrimoine.

Pour rendre cette dimension accessible à tous, des ateliers les 30/11 et 21/12 sont proposés, permettant aux visiteurs d'apprendre à manipuler et à étudier des objets d’une collection. Il s’agit là d’une façon concrète de sensibiliser le public à l’importance de préserver notre patrimoine pour les générations futures. Les publics scolaires ne sont pas en reste avec des visites et des ateliers dédiés.

D’un point de vue scénographique, l’espace très linéaire des anciennes écuries permet d'embrasser du regard dès l’entrée l’ensemble de l’exposition dont les trois zones sont symbolisées par des couleurs différentes. La déambulation se fait naturellement et ménage quelques surprises dans des recoins. L’exposition ne peut cependant pas accueillir simultanément trop de visiteurs.

Trésors et coulisses du Château : histoire d’une collection est bien plus qu’une simple présentation d’objets. C’est une expérience qui éclaire le rôle essentiel des musées, célèbre la beauté des arts populaires et met en valeur un patrimoine territorial riche et varié. En mêlant rigueur scientifique, émotion populaire et ancrage territorial, elle offre une expérience complète, accessible et profondément humaine. C’est une immersion en trois temps pour mieux comprendre ce que cache un musée… et ce qu’il révèle.

Trésors et coulisses du Château de Sceaux : une exposition à découvrir aux anciennes écuries jusqu'au 22 mars 2026
Trésors et coulisses du Château de Sceaux : une exposition à découvrir aux anciennes écuries jusqu'au 22 mars 2026
Trésors et coulisses du Château de Sceaux : une exposition à découvrir aux anciennes écuries jusqu'au 22 mars 2026
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Trésors et coulisses du Château de Sceaux : une exposition à découvrir aux anciennes écuries jusqu'au 22 mars 2026
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