Il y a du nouveau dans la collection Kibun  des éditions Hauteville avec L’Atelier magique de Kobe, de Kyoko Hasumi, sorti en librairie le 1er avril.

Couverture de l'ouvrage : à l'intérieur d'un magasin de stylos plume, se trouvent trois personnages. Le plus à gauche est un client en costume bleu clair avec une chemise jaune. Face à lui, derrière le comptoire vitrine se trouve le gérant reconnaissable à ses cheveux blancs et sa chemise grise qui repare un stylo. A sa gauche, une jeune femme avec une coupe au carré est la vendeuse. Elle porte un tablier orange.

Dans une petite rue de Kobe se niche le Medico Penna, un surprenant magasin exclusivement consacré aux stylos plume et à leurs accessoires. Tenu par Tôma Fuyuki, ce lieu au charme singulier, comme suspendu hors du temps, réunit les passionnés de beaux stylos plumes. Mais le Medico Penna a une autre facette, les âmes en peine y trouvent une réponse à leurs questions, même les plus inavouables. C’est ainsi que Sawa, une jeune étudiante en quête de repères, est embauchée comme vendeuse dans l’attente de voir sa vie prendre un nouveau chemin.

Passion stylos

Même si de nos jours les claviers ont le plus souvent remplacé les stylos et le papier, il existe toujours des inconditionnels qui savent que le plaisir d’écrire passe par le choix de l’outil parfait, à savoir non seulement un stylo adapté à la morphologie de sa main et à son style d’écriture, mais aussi de l’encre et du papier.
Les stylos plume en particulier sont souvent choisis avec soin par leur propriétaire. Il s’agit d’un objet éminemment personnel tant sur sa forme que ses décorations. La sensation de glisse sur le papier peut délier l’esprit et faire jaillir les sentiments enfouis. 
Un beau stylo plume est également un objet de prestige, réalisé avec technique dans des matériaux nobles, voire précieux. Il peut représenter un beau cadeau à (se)faire et exprimer une personnalité mieux que les mots ou les faux-semblants. 

C’est cet univers d’initiés que Sawa découvre en travaillant dans cette boutique et qui lui permet de comprendre que plus qu’un objet usuel, il s’agit dans ce cas d’un véritable manifeste de la personnalité de son possesseur.

Medico Penna ou Medico Pena ?

Si le but premier du Medico Penna est de réparer les plumes usées et de proposer aux collectionneurs et aux amateurs des stylos plume de qualité, la boutique, et surtout son gérant, ont un autre don. Rien qu’en regardant un stylo plume et la manière dont son propriétaire l’utilise, monsieur Fuyuki peut sonder l’âme de son interlocuteur. Sans aucune intrusion, tout en manipulant la plume, il parvient à déclencher une prise de conscience, pas toujours agréable, chez son interlocuteur. Aussi, la boutique a acquis la réputation de pouvoir changer la vie de ceux qui franchissent le pas de sa porte.

C’est là un savoureux jeu de mots que nous propose l’autrice puisque penna pour plume et l’italien pena souffrance ont la même sonorité. Ce magasin répare donc autant les plumes que les âmes tourmentées des japonais en quête de sens. 

Je dois dire que la lecture de la quatrième de couverture de l’ouvrage m’a autant intriguée que surprise. La collection Kibun est connue pour ses titres bienveillants qui réchauffent le cœur du lecteur autant que celui des personnages,et la thématique du stylo plume a aiguisé ma curiosité. 
Après une introduction un petit peu longue, on entre dans le vif du sujet et la lecture devient réellement prenante. L’autrice, qui a fait de nombreuses recherches sur le sujet des stylos plume comme en témoigne la bibliographie présente à la fin de l’ouvrage, parvient à faire de ce petit objet le fil rouge de son récit et le révélateur des non-dits des personnages. On se prend à suivre les mésaventures de Sawa et à la voir progresser au fil des rencontres. La partie sur les difficultés d’une jeune autrice m’a semblé être une mise en abîme judicieuse. J’ai particulièrement apprécié le découpage de l’ouvrage qui m’a davantage rappelé La Librairie Morisaki et qui est moins délié que les ouvrages qui compilent des épisodes successifs. J’étais aussi amusée de découvrir des lieux de Kobe, une ville que j’ai visité quelques jours en 2015

Quatrième de couverture : sur un fond légèrement transparent qui poursuite l'illustration de la couverture, se détache en ettres noires le résumé du livre. Juste en dessous, en lettres vertes, il y a une petite note sur le style du livre..

Finalement, j’ai été agréablement surprise par la lecture de cet ouvrage qui m’a donné envie de découvrir les stylos évoqués dans l’ouvrage (un petit dossier documentaire n’aurait pas été de trop) mais aussi de retrouver mes stylos plume de jeunesse, quand il fallait encore prendre des notes de cours à la main. Je dois reconnaître que parfois le plaisir d’écrire avec un stylo dans un petit carnet me manque un peu. Peut-être que, finalement, moi aussi j’ai un petit peu franchi la porte du Medico Penna

Kyoko Hasumi

Axelle Wasier (Traducteur)
9782387213853
220 pages
01/04/2026
Hauteville / Kibun   

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