Des sueurs froides pour cet été torride, voila la sensation que procure la lecture de la bande dessinée Hypersurveillance : enquête sur les nouveaux outils de contrôle de Julie Scheibling (scénario) et Rémi Torregrossa (dessin) publiée aux éditions Delcourt avec le soutien d’Amnesty international. 

Couverture de l'ouvrage : la journaliste se tient debout de face et se détache sur un fond rouge d'où émergent des dispositifs de surveillance (caméras, drones, téléphones, etc.)

Gaëlle, une jeune journaliste de cash presse, propose un jour en conférence de rédaction un sujet autour d’une question commune : “nos smartphones nous écoutent-ils ?”. Elle ne se doute pas encore qu’il s’agit de la première enquête d’une série de reportages qui va l'entraîner au cœur de scandales technologiques et de technologies futuristes au service des États et des grandes entreprises. 

Page 5 : le compagnon de la journaliste essaye de déverrouiller son téléphone mais la reconnaissance faciale ne fonctionne pas bien avec les lunettes

L'inconscience collective

Au début, Gaëlle est comme tout le monde et se sert de son smartphone avec une certaine insouciance. Elle utilise toutes les applications qui peuvent, en apparence, lui faciliter la vie, accepte toutes les conditions d’utilisation et tous les cookies numériques, ne regarde jamais le contenu de son historique. Mais un jour, elle remarque que son compagnon et elle reçoivent des publicités en lien avec leurs projets du moment. Elle se demande alors naturellement si son smartphone ne serait pas en train de l’espionner via le micro ou la caméra. C’est le point de départ d’une plongée dans le monde du numérique dont elle ne soupçonnait pas l'existence et qui va ébranler ses habitudes. Elle remarque également que, finalement, beaucoup d’utilisateurs de smartphone ne se soucient pas vraiment des informations dont ils consentent le partage et ne prennent aucune mesure, soit par méconnaissance, soit par flemme. Il faut reconnaître que les conditions générales d’utilisation (CGU) sont extrêmement longues et rédigées dans un langage quasi juridique pas toujours facile à appréhender, et que presque tout le monde renonce à lire les petites lignes et l’intégralité des clauses. Heureusement, il est parfois possible de revenir plus tard sur certains choix, mais c’est souvent laborieux. 

Page 10 : la journaliste interview un spécialiste en cybersécurité sur les téléphones portables

Les scandales à répétition

Pourtant, les scandales liés aux nouvelles technologies et aux usages numériques se multiplient. Une prise de conscience collective se manifeste parfois avant de retomber jusqu’à l’information suivante. Plusieurs médias d’investigations, des associations, des lanceurs d’alerte et des victimes de surveillance ne cessent d’alerter. 
La justice a été saisie à plusieurs reprises et a condamné les géants de la tech, voire des personnalités politiques. Les législateurs se sont également emparés de certains problèmes concernant la collecte et l’utilisation des données à caractère personnel des utilisateurs.

Certaines entreprises présentent leurs outils de surveillance comme des aides médicales ou sécuritaires. Mais chacun sait que les technologies peuvent voir leur utilisation détournée.

Page 14 : le spécialiste montre à la journaliste l'historique de sa géolocalisation et les problèmes de confidentialité.

Le danger démocratique

Cependant, il faut être bien conscient que les gouvernements sont également intéressés par la surveillance de masse et individuelle. Les plus totalitaires vont surveiller non seulement les opposants identifiés mais aussi restreindre l’accès aux informations et aux moyens de communication. 
Les démocraties ne sont pas exemptes de tout danger. En premier lieu car ce sont souvent leurs entreprises qui développent les outils de surveillance, mais aussi par les risques d’ingérence et de manipulation, en particulier au moment des élections.
Sous couvert de protéger les citoyens, la tentation ultra sécuritaire peut aussi pousser les responsables politiques à multiplier les moyens de surveillance et à tenter d’y adjoindre de l’intelligence artificielle pour l’analyse. Mais il existe alors un danger de glissement vers le totalitarisme.

D’un point de vue graphique et de mise en page, le récit propose un dessin réaliste. Les personnalités publiques représentées sont clairement identifiables par les lecteurs. La mise en page et la progression du récit montrent à chaque fois un danger différent pour la vie privée et les libertés individuelles, voire la liberté tout court dans certains pays non démocratiques. 

Même pour un lecteur averti, cette enquête révèle de nouveaux points de vigilance et les abus tant des GAFAM que de certains gouvernements. Elle montre aussi combien la vigilance et l'implication de chacun compte pour la protection des droits collectifs. C’est un certain malaise qui saisit le lecteur au fil des pages et l’on finit par se dire que la déconnexion et les zones blanches ont du bon et qu’il faut se rappeler régulièrement de faire le ménage dans ses applications et ses autorisations d’accès dans les applications. A titre collectif, il ne faut pas hésiter à se mobiliser, à signer des pétitions, soutenir les associations, voire manifester quand les politiques publiques deviennent trop intrusives. Je salue le travail de recherche et de recoupement qui a été fait pour le présent ouvrage. En cette année pré-électorale, c’est une lecture bien instructive.

Hypersurveillance : Enquête sur les nouveaux outils de contrôle
Scénario : Scheibling, Julie
Dessin : Torregrossa, Rémi
Couleurs : Torregrossa, Rémi
Parution le 22/01/2026
Editeur : Delcourt

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