Félix Dufour-Laperrière revient au festival d’Annecy avec un nouveau long métrage : La Mort n’existe pas. Après le poétique et un peu nébuleux Archipel, prix du jury dans la catégorie contre-champs, il revient avec un film aussi onirique qu’engagé, à découvrir en salle le 1er octobre.
 

Affiche du film : dans un cadre de verdure ponctué de fleurs rouges et blanches se détache le visage d'Hélène devant une énorme et menaçante statue de loup jaune.

Hélène et ses amis sont jeunes et idéalistes. Ils rêvent de devenir l'étincelle qui changera le monde. Mais lorsqu’ils lancent leur attaque contre le manoir d’une riche famille, Hélène fait le choix d’abandonner ses amis et de fuir dans la forêt. Rapidement, sa meilleure amie Manon la retrouve pour lui offrir une seconde chance.
 

un buste de loup de profil émerge couvert de végétation. Il se détache sur un fond crème.
loup végétal- La Mort n’existe pas, de Félix Dufour-Laperrière (©UFO)

Ce que l’on doit

Les cinq amis en sont persuadés, leur action sera l'étincelle d’un soulèvement populaire qui renversera la donne sociale. Ils sont convaincus qu’ils ne peuvent pas rester les bras croisés dans ce monde d’injustice, qu’ils doivent agir et ouvrir la voie. Leur action est nécessaire, même si elle n’est pas légale. Et dans cette action violente, chacun doit faire sa part et prendre ses responsabilités. Où se situe la part de l’engagement et de son libre arbitre. Une fois engagé, qu’est-ce qui relève de la trahison si l'on se ravise ?
 

Dans des tons crèmes en applat le visage et le cheveux de Manon arborent un mouvement de surprise. Ce portrait en buste se détache sur un second plan composé d'une mercedes noire et d'une pelouse dense bien verte. A l'arrière plan, également dans les tons crèmes émerge le manoir de la riche famille.
Manon - La Mort n’existe pas, de Félix Dufour-Laperrière (©UFO)

Ce que l’on peut

Issus des classes moyennes et populaires, ils ont bien conscience que le changement est trop lent. Que cette riche famille tient l’économie et la politique locale entre ses mains et qu’elle est le plus grand obstacle au changement et à la libération du peuple et de la Nature.

L’engagement militant, et plus encore politique, prend du temps et nécessite des réseaux médiatiques et financiers dont ne disposent pas ces jeunes activistes. Ici, le rapport de force entre les deux bords est particulièrement déséquilibré.

Quel moyen leur reste-t-il à leur niveau ? Comment résister ? Comment s'organiser ? Quelles actions mener ? La violence est t’elle légitime quand il n’existe pas d’autres moyens d’action ?

Mais sans soutien, quelle est la portée réelle de leurs actes ? Qu’elle en sera la suite ?
 

Dans de hautes herbes en fleur émerge le visage d'une Hélène enfant mais déja perplexe.
Hélène enfant - La Mort n’existe pas, de Félix Dufour-Laperrière (©UFO)

Ce que l'on veut

Vient enfin la question de ce que l’on veut véritablement ? Entre la part de l’idéal et de son moi ? Si chacun aspire à la vie et à la liberté, jusqu'où aller pour son idéal ? Ou bien, faut-il n’avoir plus rien à perdre et laisser tout désir personnel pour ses idéaux ? Renoncer à tout individualisme, à ses rêves et à son avenir ? Jusqu’où aller pour le bien commun ?

Hélène est traversée par tous ces questionnements. Entre son idéal et son moi rêvé, il y a un fossé qui ne cesse de grandir. Hélène ne veut pas renoncer et se perd autant qu’elle perd ce qui lui est cher. C’est alors que s’offre à elle une seconde chance d’accomplir son destin, mais aussi de savoir réellement ce qu'elle désire et ce qu'elle est prête à abandonner. Hélène vit une quête intérieure autant que sociale dans cette forêt mouvante. Dans cette fuite où l’horreur et l’onirique se côtoient, où la vie et la mort se tiennent de chaque côté du chemin, Manon est un guide autant moral que philosophique, une forme de psychopompe. Elle pousse Hélène à faire des choix car choisir c’est grandir et s’engager.

D’un point de vue technique, le film est en très grande partie réalisé à la main. Il propose une belle colorisation par aplats de couleurs qui ajoute à l’onirisme et au côté organique du récit qui ne sépare pas la chair et l’âme. Comme le dit le réalisateur, ce n’est ni japonais, ni américain ; c’est québécois. Certains plans sont remarquables dans leur  fluidité et leur exécution. On se questionne sur la technique de la rotoscopie, voire quelques petits morceaux de 3D très bien utilisés.

Dans une clairière, la silhouette d'Hélène se tient debout au milieu de nombreuses statues brisées et renversées. Les statues sont jaune ocre, Hélène crème et la forêt vert foncé.
Hélène dans un jardin de statues brisées - La Mort n’existe pas, de Félix Dufour-Laperrière (©UFO)

La Mort n’existe pas est un film exigeant sur l’engagement. Tel un conte philosophique, il pose les paradoxes et induit des questions en chaque spectateur mais laisse le choix à chacun de ses réponses sans donner de véritables clefs de compréhension. Il rappelle également que chacun à son niveau, et même s’il n’en est pas conscient, a un pouvoir qu’il peut exercer pour changer les choses. Là encore, c’est une question d’engagement.

LA MORT N'EXISTE PAS de Félix Dufour-Laperrière
Cannes 2025 - Quinzaine des Cinéastes / Annecy 2025 - Compétition
Canada, France I Animation I 1h12 I UFO Distribution

La Mort n’existe pas : le choix d’Hélène
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