Préquel du déjanté Junk Head, Junk World de Takahide Hori arrive dès le 13 mai au cinéma, une occasion de replonger dans les créations loufoques, surprenantes et drôlement prenantes du réalisateur autodidacte fan de stop motion.

Affiche du film : Au premier plan comme inscrit sur le sable en jaune vif est écrit le titre du film et le nom du réalisateur. Le centre de l'image est occupé par un grand rocher sur lequel est adossé un robot désarticulé. Au dernier plan s'étend à perte de vue un désert.

1042 ans avant Junk Head (2017- sortie française en 2022), une petite équipe composée d’humains, de cyborgs, de clones et de robots se rend dans Kaapvaal,  une ville entièrement dévastée. Sur la route, ils croisent nombre de créatures mutantes dans un paysage désolé. Mais le plus grand danger n’est autre que les Maligans, des êtres fanatisés qui vouent une haine farouche aux humains qui les ont autrefois créés et exploités.
 

Monde inexploré

Après l’incident industriel et la guerre d’il y a mille ans, la zone que traverse l’équipe est aujourd’hui méconnaissable, truffée de créatures mutantes parfois agressives, et perturbée par des instabilités énergétiques d’origine inconnue pouvant créer des failles spatio-temporelles.

Venus de la surface, les humains ont tout à apprendre de ce monde et de ses dangers. Heureusement, Dante, un des Maligans primordiaux, décide de les guider. C’est pour lui aussi l’occasion de découvertes inattendues et d'échanges avec les humains. 
 

Image tirée du film : On y voit le personnage de Robin, un robot de combat humanoïde. Il examine des sortes de plantes tubulaires qui poussent sur le mur d'une falaise.
Robin et la faune locale

Mais qui est le plus affreux ?

La direction artistique bien singulière offre un panel complet de monstres, mutants, plantes et même personnages à la physionomie peu avenante. Tantôt repoussants, grotesques, effrayants ou presque mignons, mais souvent étrangement dérangeants, le spectateur s’attache pourtant à certains personnages. Ces créatures s’intègrent parfaitement aux décors post-apocalyptiques variés allant de l’ancienne cité abandonnée partiellement recouverte de matière organique au désert de sable battu par les vents en passant par des vaisseaux d’acier.

Cependant, rapidement, c’est la noirceur de certains personnages qui met le plus mal à l’aise. Heureusement, le grotesque de ceux-ci allié à l’humour très potache typiquement japonais permet de rendre cette partie plus digeste.
 

Image tirée du film : On y voit cinq personnages avec des visages de maligans, vêtus de robes bleues et dorées. Leur niveau d'énergie est manifesté par une sorte d'auréole en plasma.
Les Maligans du futur

Méli-mélo temporel

Divisé en plusieurs actes (une mise en scène que l’on retrouve de plus en plus ces derniers temps au cinéma), chaque acte permet d’explorer un monde alternatif et voit une évolution et un destin différent pour chaque personnage avec parfois un petit “cheh” qui échappe aux spectateurs. 

Ce parti pris est très intéressant et permet de renouveler le récit sur un même canevas en surprenant à chaque fois le spectateur.

Il y a parfois quelques longueurs dans les redites de certaines scènes, mais cela ne sort jamais le spectateur du récit tant celui-ci est prenant et bien construit.
 

Affiche du film : Au premier plan comme inscrit sur le sol en jaune vif est écrit le titre du film et le nom du réalisateur. Le centre de l'image est occupé par une femme soldat (l'héroïne) armée d'un sabre. Elle semble faire face à un Maligan et à des mutants. Derrière elle se trouve un rocher avec le robot désarticulé et le fond de l'image est occupé par une légion de maligans fanatisés.

Pour Junk World, Takahide Hori s’est adjoint une petite équipe, ce qui lui a permis de voir les décors et les animations en grand. Il faut ici saluer le travail titanesque qui a été accompli pour réaliser les 104 minutes du film. J’ai, à titre personnel, une véritable admiration pour les animateurs spécialisés en stop motion qui sont à la fois des artistes aux talents multiples et des professionnels d’une rigueur impressionnante. Cette technique est d’ailleurs particulièrement adaptée à ce type de design étrange et un peu glauque, à l’image de Coraline, Boxtrolls ou encore Les Noces funèbres. Il y a tout de même quelques inclusions de 3D, mais qui s’intègrent parfaitement.

Image tirée du film : On y voit un monstre mutant haut de plusieurs mètres. Il n'a pas vraiment de visage mais deux bouches  et un ai menaçant. In se détache sur un décors de ville abandonnée.
Un des monstres

Junk World déploie des trésors d’inventivité qui ont largement de quoi séduire les spectateurs curieux (mais pas trop sensibles ni trop jeunes). Il n’est même pas besoin d’avoir vu Junk Head pour le comprendre, mais une chose est sûre, ceux qui accrochent au style et à l’histoire auront une furieuse envie de (re)voir le premier volet de la trilogie “Junk” en attendant la conclusion d’ici quelques années.

Intriguée tant par la stop-motion, qui est assez rare dans le cinéma d’animation et l’animation japonaise en particulier, et alléchée par les récompenses du premier opus (dont Cigogne d'or au FEFFS 2021) j’ai été happée par le film malgré un design peu conventionnel. Le réalisateur, qui est aussi scénariste et qui occupe presque tous les postes sur cette production, a un réel talent pour surprendre et créer différents tempos dans sa narration. Une fois passés ces a priori, Junk World est une très belle découverte. Il convient tout de même de rappeler qu’il s’agit d’un film pour un public plutôt adulte et pas trop sensible à l'hémoglobine.

    Genre : Animation stop-motion
    Durée : 1h45
    De : Takahide Hori
    Festivals : PIFFF - L'oeil d'or, Festival de Gérardmer
    Japon

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