La collection Moon Light (Delcourt/Tonkam) nous a habitués à des récits atypiques et complexes dès son lancement il y a quelques années. C’est aujourd’hui avec un grand plaisir que je vous présente le premier tome (sur quatre) du manga Par-delà Les Neiges éternelles d’Aruka CHIZU. Ne vous laissez pas tromper par sa couverture très shôjo, ce premier tome est une bombe émotionnelle ! 

couverture du livre : Muku est au premier plan avec ses cheveux blonds en carré long et une veste en fourrure blanche elle souri et tient un bouquet de jonquilles à la main. Au second plan Yûto l'air pensif porte un col-roulé noir et un manteau blanc ouvert. Il tient une jonquille dans la main gauche.

Muku SHIROSHIKA est une jeune femme dévouée à sa famille au point de s’oublier. Résignée, elle plonge dans les mondes imaginaires avec délectation. Mais sa rencontre fortuite avec un jeune homme aussi étrange que grand dans un train en pleine campagne enneigée lui réserve bien des surprises et pourrait bien réveiller le feu sous la glace qui sommeille dans la jeune femme.

Sacrifiée

Muku était une enfant espiègle et pleine de vie qui passait ses journées à s’amuser dans la neige avec sa petite sœur et ses amis. Mais, à la mort de son père, sa famille s’est installée chez ses grands-parents paternels. Enfermée dans un huis-clos familial, la jeune Muku a grandi en aidant sa famille dans les tâches ménagères et les soins prodigués à son grand-père malade. Elle a ainsi abandonné ses études et passe ses journées à travailler et à s’occuper de sa famille. Pire encore, sa grand-mère ne cesse de la dénigrer en sous-entendant que c’est une ratée et qu’elle lui est redevable de l’avoir accueillie, elle et sa famille, enfant. Muku accepte son sort en espérant que sa petite sœur ne suivra pas le même chemin. Mais un soir, en rentrant chez elle, elle surprend une discussion où sa grand-mère et sa mère tentent de convaincre sa petite sœur d’abandonner ses études également et de devenir aide-soignante. Pour Muku, il s’agit de la première étincelle de révolte. 

Résurrection

C’est alors que deux de ses amis d’enfance refont surface. De retour dans la région, ils étaient venus présenter leurs salutations quand ils ont entendu la dispute entre Muku et sa famille à propos de sa petite sœur. Bien loin des habitudes japonaises de ne pas se mêler des affaires des autres, Yûto, le plus jeune des frères qui est devenu aussi grand que ténébreux, tient tête à la grand-mère de Muku et incite cette dernière à ne plus accepter son sort. Surprise à la fois par ces retrouvailles et par cette main tendue, Muku saisit sa chance.

Graphiquement, le titre joue sur les codes du shôjo avec une composition claire, des personnages aux sentiments complexes et variés. Yûto est physiquement proche de l’idéal masculin asiatique (grand, brun, mince, mystérieux) et Muku, petite et gracile cache un tempérament volcanique. 

Présenté comme une romance entre deux amis d’enfance qui s’étaient perdus de vue (ce qui va probablement se passer), ce premier tome de Par-delà Les Neiges éternelles est surtout (et heureusement) l’occasion de présenter une situation aussi révoltante que courante ; des enfants sacrifiés par leur famille. La mère et la grand-mère de Muku jouent sur ses sentiments et son sens du devoir pour la garder à la maison et la rendre corvéable à merci tout en se permettant de la dénigrer. La grand-mère, d’un tout autre temps, passe son temps à dire qu’il manque un homme à la maison et ne voit aucun problème à sacrifier ses deux petites filles pour son confort et pour garder la face vis-à-vis des voisins. La mère et la grand-mère refusent de voir qu’elles ont déjà commencé à ruiner la vie de cette jeune femme, la traitent d’ingrate, de nulle et songent déjà à faire de même avec la petite soeur, douce et docile. Que leurs petites filles, encore lycéennes ou à peine majeures (21 ans au Japon) soient rongées par le doute, la culpabilité et presque mortes à l’intérieur, ne les préoccupe absolument pas (un peu comme dans Boy’s Abyss de Ryo MINENAMI chez Kana). Face à ce constat amer, la résolution de Muku se réveille avec vigueur et, en tant que lectrice, on ne peut qu'apprécier cette volonté de se battre. 
 

Même si la grande majorité des familles s'entendent bien et ont des relations qui reposent sur l'amour, le respect et le complicité réciproque, je le dis ici aux jeunes lecteurs et surtout aux lectrices, vous ne devez rien d’autre que le respect à votre famille (et encore ça se discute puisqu'il doit être réciproque). Les enfants n’appartiennent pas à leur famille. Aider, ce n'est pas se sacrifier. Aimer, ce n'est pas se sacrifier. Les enfants, même adultes, ont certes des devoirs moraux et légaux quand tout se passe bien, mais ils n’ont absolument aucune obligation d’obéir et de se sacrifier pour leur famille. Une famille aimante ne vous demandera pas ça. Une fois majeurs, vos choix et votre vie vous appartiennent. Votre famille peut vous conseiller et vous guider, mais en aucun cas décider pour vous ou vous manipuler sentimentalement. Cela vaut autant pour le choix des études, le fait de devoir travailler jeune ou encore un mariage de convenance, l'orientation sexuelle, etc. En France, rien d'autre que la loi ne vous contraint ; ni la culture, ni les traditions, ni la religion. Les violences physiques, psychologiques ou économiques au sein des familles n'ont pas lieu d'être et doivent-être dénoncées (je sais, c'est souvent plus facile à dire qu'à faire).

Même mineure, des structures peuvent vous aider, voire vous accueillir (vie scolaire, assistante sociale, associations, etc.). Une famille peut avoir des attentes (réussite scolaire, sociale, etc.) mais elle doit avant tout permettre à l’enfant de se découvrir et de s’épanouir pour vivre la vie et les expériences qu’il souhaite. Parfois on se trompe, parfois on trébuche, parfois on déçoit, mais c’est aussi comme ça que l’on devient un adulte mature. Une famille doit-être un lieu de réconfort et d’entraide, mais pas de sacrifice. La gratitude vient naturellement dans les milieux sains et respectueux. Et si vous sentez que ce n’est pas le cas dans votre environnement, n’hésitez pas à partir, demander de l’aide ou en proposer si vous êtes témoin.

Titre alternatif : Snow Angel / May this snowfield keep you smiling all the time.
Titre original : Kono Setsugen de Kimi ga Zutto Waratte Irareru you ni / この雪原で君がずっと笑っていられるように
Origine : Japon Japon - 2023
Année VF : 2026
Type : Shojo
Genres : Drame - Romance - Slice of Life
Thèmes : Amour - Famille - Quotidien - Travail
Auteur : Chizu Haruka
Traducteur : Josua Lafitte
Éditeur VO : Shogakukan
Éditeur VF : Delcourt/Tonkam (Moonlight)
Nb volumes VO : 4 (Terminé)
Nb volumes VF : 3 (En cours)
Prix : 8.50 €
Âge conseillé : 12 ans et +

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