En cette journée internationale des droits des Femmes, je vous propose non pas un test d’aspirateur ou de parfum mais une petite présentation des femmes artistes présentes au Musée du Louvre. Si le nom d’Elisabeth Vigée Le Brun vous vient tout de suite à l’esprit, elle n’est pas la seule heureusement, même si elles sont peu nombreuses à avoir les honneurs des cimaises de l’illustre institution. 

Barbara Longhi, Vierge à l'Enfant avec une sainte, Louvre, 1590

Rendre visible les femmes artistes du Louvre

Combien pensez-vous qu’il y ait de femmes peintres exposées au Musée du Louvre ? Je vous laisse quelques instants de réflexion tic tac tic tac … Elles sont 29 (dont une est maintenant exposée au Musée d'Orsay) ! C’est plus que ce que je pensais, mais tellement dérisoire au vu des collections réunies. Voici la source de cette liste

Voici donc par ordre chronologique les glorieuses élues avec quelques annotations : 

  • Barbara Longhi (1552 Ravenne - 1638 Ravenne) fille de peintre - portraits et peintures de la Vierge à l’Enfant
  • Lavinia Fontana (1552 Bologne - 1614 Rome) fille et épouse de peintres - Portraits et tableaux religieux, a peint pour le pape
  • Judith Leyster (1609 Haarlem - 1660 Heemstede) épouse un peintre et met fin à sa carrière pour s’occuper de ses enfants
  • Louise Moillon (1610 Paris - 1696 Paris) Fille de peintre - spécialiste des natures mortes
  • Élisabeth-Sophie Chéron (1648 Paris - 1711 Paris) miniaturiste et portraitiste 
  • Agnese Dolci (1635 - 1686) Fille de peintre - peintures religieuses
  • Anne Baptiste Nivelon (pas trouvé sur la base joconde)
  • Anne Vallayer-Coster (1744 Paris - 1818 Paris) Spécialiste des natures mortes, elle est aussi le professeur de dessin de la reine Marie-Antoinette
  • Adélaïde Labille-Guiard (1749 Paris - 1803 Paris) Pastelliste et peintre 
  • Élisabeth Vigée Le Brun (1755 Paris - 1852 Paris) Portraitiste des cours royales et impériales
  • Catherine Lusurier (1752 Paris - 1781 Paris) nièce de peintre - quelques portraits
  • Angelica Kauffmann (1741 Coire Suisse - 1807 Rome) fille et épouse de peintres - très célèbre en son temps portraitiste et peintre d’histoire
  • Nanine Vallain (1767 - 1815) très peu d’oeuvres conservées. Le musée du Louvre conserve LA LIBERTE mais ne semble pas exposé.
  • Anna Greuze (1762 Paris - 1842 Paris) fille de peintre, beaucoup de ses oeuvres sont attribuées à son père. l’Enfant à la Poupée qui lui est attribuée sur la base Atlas est attribuée à son père sur la base Joconde
  • Jeanne-Philiberte Ledoux (1767 Paris - 1840 Belleville) morte dans la misère
  • Marie-Guillemine Benoist (1768 Paris - 1826 Paris) Au sommet de sa carrière, elle doit arrêter pour ne pas nuire à son époux. Elle est célèbre pour ses engagements féministes et pour son Portrait d'une négresse, Premier tableau représentant avec vérisme la peau d'une femme noire à l'allure fière. 
  • Élise Bruyère (1776 Paris -1847 Paris) fille de peintre, elle se spécialise en portraits et natures mortes
  • Marguerite Gérard (1761 à Grasse - 1837 à Paris) Belle sœur de Fragonard - peint des petits portraits et des scènes de genre 
  • Constance Mayer (1774 Chauny - 1821 Paris) Portraitiste et peintre d’histoire, ses oeuvres sont dépréciées au XIXe siècle et pour beaucoup attribuées à Prud’hon, son amant dont la côte était bien supérieure pour des raisons spéculatives. 
  • Louise Marie-Jeanne Hersent-Mauduit(1784 Paris - 1862 Paris) peintre de portraits et d’Histoire
  • Hortense Haudebourt-Lescot (1784 Paris - 1845 Paris) connue pour ses natures mortes, ses scènes de genre et des portraits. 
  • Julie Philipault (1780 Paris - 1834 Paris) 
  • Eugénie Dalton (1802 - 1870) on ne sait pas grand chose de sa vie, une seule de ses oeuvres est conservée au Louvre
  • Marie-Denise Villers (1774 Paris - 1821 Paris) Portraitiste née dans une famille d’artistes. Ses oeuvres sont souvent attribuées à David et Girodet 
  • Adèle de Kercado Plusieurs commandes pour des copies de maîtres, en particulier CARRACHE Annibal. L’oeuvre PIETA AVEC SAINT FRANCOIS ET SAINTE MARIE-MADELEINE indiquée dans un inventaire du Louvre n’est plus localisée 
  • Joséphine Houssaye (1840 Nantes - 1914 Paris) Elle était reconnue à la fin du XIXe siècle comme femme artiste. Le Louvre conserve un portrait de LOUIS DE RONCHAUD datant de 1887
  • Madeleine Goblot (1862 - 1951) Peintre dont le Louvre conserve une toile mais dont on ne sait rien, hélas.
  • Rose Marie Pruvost (1897 - ?) Deux œuvres conservées au Louvre datant de 1947 et 1948. 
Lavina Fontana, La Sainte Famille avec l'Enfant Jésus Embrassant Saint Jean-Baptiste, Louvre

Certains noms vous parlent, d’autres .. beaucoup moins. Pourtant certaines ont connu une belle notoriété de leur vivant, puis sont tombées dans l’ombre après leur mort et n’ont été redécouvertes que récemment. D’autres, de par leur statut de femme, ont vu leurs œuvres soit être dépréciées, soit être attribuées à des peintres de leur entourage. 

Judith Leyster, La Joyeuse Compagnie, 1630, musée du Louvre

A part quelques exceptions, les femmes artistes, à qui on refusait l’enseignement académique et l’étude des nus d’après nature pour des raisons de bonnes mœurs (la bonne excuse), étaient le plus souvent cantonnées dans les genres mineurs de la nature morte, voire de la miniature et du dessin. Très peu d’entre elles sont parvenues à se faire accepter par leurs pairs et à devenir académiciennes. Il était, pendant très longtemps, de bon ton d’apprendre le dessin et l’aquarelle aux jeunes filles bien nées. Celles qui recevaient la meilleure éducation artistique, étaient le plus souvent les femmes nées dans l’entourage direct d’un artiste où elles pouvaient avoir un rôle de préparatrice ou d’assistante dans les ateliers familiaux. Certaines ont tout de même réussi à ouvrir leur propre atelier. Au XIXe siècle, plusieurs femmes artistes ont ouvert leurs ateliers aux jeunes femmes et ont enseigné, comme Constance Meyer.

Moillon Louise La Marchande de fruits et légumes (1630) musée du Louvre

Cette invisibilisation des femmes dans l’art s’est poursuivie très longtemps. Très peu sont citées dans les manuels d’histoire de l’art. Mais pourquoi donc me direz-vous ? En premier lieu, leurs oeuvres étant considérées comme mineures, pourquoi en parler ? Il est probable que beaucoup d’entre elles ont dû cesser toutes activités artistiques après leur mariage. Elles n’ont, par conséquent, pas pu atteindre la maturité artistique à laquelle elles étaient promises. D’autres, comme Constance Meyer ou  Marie-Denise Villers ont été dépossédées de leurs créations après leur mort, leurs peintures étant réattribuées à des peintres célèbres. Les célèbres frères Goncourt, particulièrement virulents et misogynes, ont contribué à ce biais historique en peinture française. 

Élisabeth-Sophie Chéron, Autoportrait, huile sur toile, 88 × 73 cm, Musée du Louvre

Si la question de la représentation des artistes féminines dans les grandes institutions muséales se pose aujourd’hui, la base Joconde recensait en 2015, 2 089 femmes artistes et 17 396 œuvres de tous types leur étant attribuées, les lacunes dans les achats sont nombreuses et seront difficiles à combler. Si l’on peut espérer que des études minutieuses permettront des réattributions à leurs légitimes propriétaires, l’idéal de 50% d’œuvres féminines exposées semble, pour le moment, des plus utopiques.  

Agnese Dolci,Institution de l’Eucharistie, Louvre,1680

Un parcours dans les collections

Pour admirer les peintures de ces femmes artistes, il convient dans un premier temps de se rendre au 2e étage du musée, dans l’aile Sully où sont accrochées la majorité des œuvres d’artistes femmes.  Les peintures de Barbara Longhi et de Lavinia Fontana se trouvent au premier étage de l’aile Denon et celle de Judith Leyster est installée au second étage de l’aile Richelieu, dans la section des peintures hollandaises.

Anne Vallayer-Coster, Panachés de mer, 1769, Louvre

Pour aller plus loin, je ne peux que vous conseiller d’aller voir ces œuvres in situ et de les diffuser autour de vous. Mais également de guetter les œuvres de femmes artistes dans les autres musées et dans les expositions temporaires. 

LABILLE-GUIARD Adélaïde, LE PEINTRE FRANCOIS ANDRE VINCENT (1746-1816), Louvre
Élisabeth Vigée-Le Brun, La Paix ramenant l'Abondance (1780), Paris, musée du Louvre
Catherine Lusurier, Le Peintre Germain Jean Drouais à l'âge de quinze ans (1763-1788), Louvre
KAUFMANN Angelika, La Baronne de Krudener, Louvre
Anne-Geneviève Greuze, L'enfant à la poupée- Louvre
LEDOUX Jeanne Philiberte, portrait d'un jeune garçon, Louvre
Marie Guillemine Benoist, Portrait d'une négresse (1800), Paris, musée du Louvre
Élise Bruyère, Vase de Fleurs, Louvre
Marguerite Gérard, La mauvaise nouvelle, 1804, Louvre
Le rêve du bonheur, par Constance Mayer (1819, Musée du Louvre, Paris)
HERSENT Louise Marie Jeanne, Madame de Fumel, Supérieure générale des Dames de l'institution du Saint Enfant Jésus, huile sur toile (1816)- louvre
HAUDEBOURT Antoinette Cécile Hortense, autoportrait, Louvre
Julie Philipaut, Racine lisant Athalie devant Louis XIV et Madame de Maintenon, Louvre
Eugénie Dalton, Vache dans une étable - étude d'après nature, 1832, Louvre
Marie-Denise Villers, Portrait présumé de Madame Soustras, musée du Louvre, Paris
Goblot Madeleine, Vue de la salle des Saisons au Musée du Louvre, Louvre, 1892

 

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