Développé par la fameuse équipe aux commandes de Layers of Fear, le nouveau jeu de la Blooper Team intrigue autant qu’il enchante, mais ne laisse personne de marbre. Une expérience vidéo ludique hors norme est au programme de cette plongée dans ce qui pourrait bien devenir notre réalité cybernétique si le mouvement transhumanisme s’empare de nous.

Les artistes Stelarc et Orlan regarderaient d’un œil intéressé le monde transhumanisme dépeint dans The Observer. Jeu d’horreur à l’atmosphère visionnaire, le dernier né des Polonais du studio Blooper Team propose de vivre l’expérience de hack des souvenirs et des pensées dans un monde où chaque humain a été amélioré avec des implants électroniques ou des prothèses cybernétiques. Une plongée dans les méandres des systèmes neuronales orchestrée par une direction artistique à couper le souffle.

Testé sur PS4

Synopsis :

Dans un futur post apocalyptique et transhumaniste que l’on espère hypothétique, le monde a été ravagé par un parasite informatique nommé Nanophage. Les grandes guerres entre les blocs de l’Est et de l’Ouest ont presque achevé le peu d’humains restants. C’est dans cette situation qu’une entreprise nommée Chiron a pris le contrôle des nations restantes pour créer la cinquième république Polonaise. Une république où les plus riches font la loi. Le joueur incarne Daniel Lazarski, un Observer dont le travail consiste à traquer les potentiels individus opposant au régime afin de plonger dans leurs souvenirs et pensées pour débusquer les dissidents. Mais Lazarski reçoit un appel étrange de son fils disparu depuis des années, il décide alors de tracer l’appel et tombe dans un immeuble qui sera peut-être sa dernière demeure…
 

Gameplay :

Pour The Observer, les développeurs ont revu le corrigé le gameplay très simpliste, mais ô combien adapté Layers of Fear. Il s’agit toujours de se mouvoir dans des espaces clos, mais ici les couloirs sont remplacés par un grand complexe résidentiel avec tout ce que cela comporte comme embranchement. L’interaction est la même que dans le précédent jeu, c’est-à-dire : pointer vers un objet et glisser le curseur afin d’ouvrir ou fermer des portes et tiroirs ou encore appuyer ou se saisir d’un objet. Pour agrémenter l’exploration et les recherches d’indices, les développeurs ont ajouté deux nouveaux modes de vision très stylisée, typique de l’équipement d’un Observer. Le premier permet de voir et d’analyser tous éléments organiques, notamment le sang et les blessures. Le deuxième permet de voir et d’analyser tous les éléments électroniques avec précision. Ces deux modes de vue augmentent considérablement l’implication du joueur dans ses actions d’investigation et s’avèrent à la longue plutôt plaisants à utiliser.
Le studio Polonais maîtrise bien ce genre de gameplay qui colle parfaitement au type de jeu qu’il propose.
 


Par contre, une fois les explorations terminées, l’autre partie du gameplay fait son apparition avec beaucoup plus d’avis partagés. En cela, lorsque Lazarski se connecte à un mourant, il plonge littéralement dans les méandres de sa psyché d’une manière totalement inextricable. C’est à ce moment précis que l’on adhère ou non au parti pris des développeurs. Car, dans la psyché de ses proies, Lazarski sera confronté à des souvenirs, des moments difficiles, des moments joyeux, mais également des tableaux complètements psychédéliques ou horrifiques hors de tout contrôle, il peut aussi être suivi par les pares feux anti intrusion des individus qu’il doit à tout prix éviter, au risque de sombrer lui-même... Dans ces passages proches de la démence, le gameplay souffre par moment d’une longueur apte à faire vaciller les moins téméraires. Certaines énigmes font tourner en rond le joueur jusqu’à ce qu’il comprenne les soubassements pervers de ce qu’il faut faire. Lorsque l’on sait que ces énigmes sont plus ou moins tordues, mais toujours justifiées par l’environnement, on passe alors le plus clair de son temps à essayer de comprendre ce qu’il faut faire, et on en oublie la beauté visuelle et toutes les significations de ces passages oniriques ou cauchemardesques.
Pour se reposer l’esprit entre deux hack de souvenirs, des séquences de dialogues permettent d’en apprendre plus sur l’état des habitants de l’immeuble et d'obtenir des indices sur le fils de Lazarski. 

 


Graphisme :

Graphiquement The Observer est une perle. On aime ou on n’aime pas le style Post apocalyptique d’un monde bourré de déviances électroniques et de hack en tout genre. Mais il faut avouer que la Blooper Team signe ici des graphismes avec une direction artistique de toute beauté. Le mélange entre les dernières technologies incrustées dans des objets des années 50-60 apporte une personnalité unique au jeu. De plus, une mention spéciale doit être faite pour les passages dans la psyché des victimes. En effet, ces passages sont pour moi l'une des plus belles expériences vidéo ludiques « Artistiques avant-gardistes » que j’ai pu vivre ces dernières années dans un jeu vidéo. C’est pour dire combien les développeurs s’en sont donnés à cœur joie pour expérimenter des centaines de rendus expressifs artistiques complètement déjantés, mais tellement créatifs et novateurs. Du grand Art pour qui arrive à supporter les longues plongées névrotiques remplies de jumpscare.
 

Durée de vie :

L’aventure principale se déguste en 8 ou 10 heures suivant votre goût à la discussion ou non  avec les PNJ. Il est clair que le jeu est une expérience interactive à vivre  comme un très bon film de science-fiction horrifique.


Environnement sonore :

Côté son, le doublage anglais est très bon. Il est particulièrement embelli par un choix de voix en accord total avec les personnages. Les séquences de plongée sont un vrai bonheur pour les oreilles. Chaque souvenir a sa propre signature sonore, chaque jumpscare est une empreinte mélodieuse. En somme, aucune fausse note n’est à signaler si ce n’est qu’il faut jouer avec un casque pour profiter au mieux du travail titanesque des ingénieurs du son !
 


Summary :
The Observer est un jeu à part, une expérience vidéoludique unique même. Le considérer par rapport à Layers of Fear serait le réduire à une simple évolution. Rien de cela, The Observer est avant tout à considérer comme une œuvre majeure de la ludothèque des jeux inclassables. Polar de science-fiction, jeux d’aventure à énigmes, d’horreur, de story telling, The Observer s’inscrit comme une expression artistique d’une vision transhumaniste que l’on souhaite ne jamais voir se réaliser, mais qui est très agréable à arpenter. À l’image d’un Blade Runner 2046, le jeu fait date et restera dans les annales.

Furyo

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